travail vie fond chez amis moi musique monde nuit fille enfant papier bébé voyages vie
RechercherStatistiques
Date de création : 01.02.2012
Dernière mise à jour :
15.02.2012
18 articles
Mi-mars 1982. Je suis allongée. Précaution visant à protéger le bébé qui d'après la gynéco, manifeste une envie de sortir prématurée.
En fait, il faudra aller le déloger le jour prévu de l'accouchement,deux mois plus tard. il se trouve si bien au chaud, à gigoter en tout sens, qu'il ne tente plus de courir à la découverte du monde. Je me suis confortablement installée sur un lit une place, calé près du radiateur en fonte dans le grand séjour. L'appartement est immense, 200 m2 et une terrasse couverte. Immense mais vieillot, quoique que joliment rénové, tons à l'ancienne et meubles assortis. J'ai posé un nouveau papier peint dans le séjour, anciennement la chambre de mon compagnon, Bertrand II, et de son ex épouse.
Il m'a fallu négocier, la fille ainée de Bertrand manifestant une tendance à s'ingérer dans notre vie et à donner des avis que nous ne lui demandons pas. Avis que son père écouterait volontiers : "Marie-Noemie pense que nous devrions conserver la chambre du fond pour en faire une chambre d'amis", "Marie-Noemie trouve dommage que tu veuilles modifier les couleurs du salon" "Marie-Noemie aimait bien la façon dont la cuisine était agencée avant". Avant c'était avant, je suis chez moi, je décore et j'amménage comme je l'entends,je m'empresse de le préciser au futur papa, dont mon bébé sera le cinquième enfant, les quatre autres, dont le dernier a dix neuf ans, venant de la couvée avec madame son ex épouse.
Marie-Noemie a le même âge que moi, à quelques mois près, et je sens s'installer un conflit de territoire. Il va falloir veiller au grain !
Un matin, alors que j'arrive dans le salon décontractée, en petite culotte et haut dentelle, je trouve une tonne de disques 33 tours éparpillées dans le salon, ainsi que des sacs de voyages éventrés, jetés en tous sens, déguelant du linge chiffonné. Stupeur.
Ouvrant avec précaution la chambre d'amis, je découvre Christian, le dernier de la fratrie, ronflant sur le lit, bras en croix, boots déguelasses aux pieds, sur le dessus de lit satin. On dirait qu'il s'est installé chez nous cette nuit...
Son père m'apprend dans la journée qu'en effet, Christian vient de quitter sa petite amie, chez qui il vivait, qu'il ne veut pas aller habiter avec sa mère et qu'il va vivre ici, avec nous. Je supporte la nouvelle au prix de contractions subites.
En réalité, Christian n'est pas désagréable, simplement, il est jeune, encore adolescent, inconscient, irresponsable et foncièrement égoïste. Il nous impose sa musique furieuse, la baignoire dégoutante car jamais rincée après ses bains quotidiens, ses copains chevelus qui fument le tilleul, sa propension a rester scotché au téléphone vingt quatre heures sur vingt quatre. Un brin découragée, je fais en sorte de me montrer compréhensive.
Au fil des jours, nous cohabitons sans trop de heurts. Jérôme est content de ce nouvel arrivant qui joue au grand frère. Christian est content d'être chez nous, son ancien chez lui, puisque son père vivait dans ce lieu en famille.
L'intruse, c'est moi.