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Date de création : 01.02.2012
Dernière mise à jour :
15.02.2012
18 articles
J'ai loué un appartement en partie mansardé, spacieux et situé centre ville.
J'ai repeint à mon goût, la kitchenette en rouge et vert, l'entrée en orange pétant.J'ai posé un lai de papier peint à l'envers dans mon couloir, c'est mon père qui m'en fait la remarque lors d'une visite de mes parents. Dans le fouilli des fleurs orangées, cela se remarque à peine. 
Je suis à l'image de mon magazine préféré "Fluide Glacial" dont je raffole, il n'a de glacial que le nom : pleine d'humour insolent et d'envie de vivre, je n'ai pas la télé et Soeur Mari-Thérèse des Batignolles, les Bidochon et Little Kévin rythme mes soirées sur papier.
Je travaille pendant deux mois comme standardiste avant de reprendre mon poste en septembre, mes parents gardent mon fils. j'ai besoin d'argent pour reprendre mes études.
Jeanne Calment a fêté son centenaire, Valéry Giscard D'Estaing est aux commandes de la France, moi j'élève mon fils en espérant ne pas rester seule, je ne supporte pas l'idée de ne pas vivre un jour en couple, et à vingt six ans, je me sens vieille !
La rentrée scolaire s'annonce sous de mauvais auspices. La directrice du Lycée où je viens d'être mutée entend que je travaille la nuit. Je refuse, m'appuyant sur les lois en vigueur. Elle me menace de mise à pied. Je lui explique qu'en dehors du fait que c'est contraire à mon statut, j'élève seule mon fils de quantre ans et que mon salaire ne me permet pas de payer une nourrice la nuit.
La vie s'organise. Je reprends mon travail. C'est compliqué toute seule, de tout gérer.Tout estcompliqué, je dois m'accrocher.
Jérôme est à l'école maternelle près de chez moi, j'ai trouvé une "tata" pour le garder le soir après l'école, car je rentre tard. Il est heureux chez sa nourrice car elle a trois garçons qu'elle gave de bonbons et mon fils en profite, hélas ! Je crains pour ses dents. Il est souvent malade, bronchites, angines...
Son père vient le chercher, et passe parfois le soir. Très vite, il sort avec une de ses jeunes élèves, elle s'appelle Christiane, elle est gentille avec le petit.
Je suis anxieuse, je n'ai pas de famille près de moi pour m'aider, les nuits sont courtes, les journées chargées.
Je ne supporte pas que mon fils parte tous les quinze jours et une partie des vacances scolaires. J'ai très peu d'argent, heureusement, je n'ai que 24 ans, une bonne santé, et un solide optimisme.
Les mois passent, je n'arrive pas à boucler correctement mes dossiers pour les concours, j'abandonne momentannement.
Je ne travaille plus la nuit, je me débrouille pour serrer mon emploi du temps et avoir ainsi du temps avec mon fils. Il est facile, de santé un peu fragile, mais entreprenant, comme tous les petits de trois ans, il grimpe partout, je surveille, toujours sur le qui-vive...Comme toutes les mères. Un jour il s'éclabousse les jambes avec du produit décapant, que j'ai oublié de ranger ! Je pleure, tout en ledouchant copieusement, il n'a rien, ouf ! Je n'oublierai plus jamais aucun produit dans un coin de la cuisine !
Au lycée, un jeune "dandy" est engagé, c'est un professionnel, qui donne des cours aux classes terminales, dans un cadre pratique. Il possède une agence immobilière. il est charmant, je fais sa connaissance en salle de sport, où il entraine l'équipe de Volley.
Il est plus âgé que moi, d'une dizaine d'années, il est marié, sans enfant. Nous discutons, à l'occasion des pauses dans le gymnase. Il me dit qu'il ne peut pas avoir d'enfant, c'est un de ses grands regrets. Une après-midi, il me fait visiter son agence,et m'invite à prendre un café, dans le 15e arrondissement, un joli café un peu sombre et très cosy, je souffle avec plaisir.
Tout s'enchaine très vite, je deviens sa maitresse et commence pour moi les attentes insupportables, les coups de fil improbables, les rendez-vous décommandés au dernier moment, les mensonges et les promesses jamais tenues.Quand il le peut, il m'invite, sous prétexte professionnel, au restaurant, en déplacements, à Nantes, à Rennes. Je m'arrange de mon côté pour que Jérôme se trouve chez son père.
Cette laison met de la couleur dans ma vie. Toutefois, j'en ai assez de jouer les seconds rôles, et puis, ce Jean-Claude est dynamique mais intellectuellement et culturellement, nos échanges sont limités car il ne s'interesse qu'à peu de choses, hormis lui-même.
Je cache cette histoire à mon entourage bien sûr. Je ne me vois pas annoncer que je suis la maitresse d'un homme marié !
Au fil des jours, je réfléchis, je veux rompre, il s'y refuse.
je n'envisage pas une vie commune avec cette photo de mode. Lui non plus je pense. Il se garde bien d'en parler.
Au lit, il est plus que moyen...Tant qu'à avoir un amant, il me semble que le lit est bien l'endroit où je devrais être récompensée de ma patience ! ça n'est pas le cas. Monsieur est mou, souvent tout mou... et je dois déployer des tonnes de sensualité pour réveiller ses ardeurs. A mes questions, il répond qu'il n'est pas passionné par l'amour physique, qu'il ne l'a jamais été. il est assez précieux, passe beaucoup de temps dans les boutiques, à acheter des vêtements, des crèmes, des parfums, j'en déduis qu'il est peut-être homosexuel.Je ne connaîtrai jamais la réponse à une question que je ne lui pose pas, car j'en ai assez de cette situation bancale.
Je demande et obtiens un poste à une centaine de kilomètres. A la rentrée scolaire suivante, Je déménage.
Un autre enfant va me compliquer la vie car je commence à penser sérieusement à une séparation.
Si la nouvelle de cette grossesse ne me réjouis pas, je n'envisage nullement de ne pas assumer.
Je tiens secrète l'annonce de cette grossesse. Je me dis au fond de moi :" Je l'appelerai Damien".
Je cesse d'empiler vaisselle et livres dans les cartons, nous allons annuler notre déménagement dans le sud.
Je pose une année de congés parental sans solde. Nous émmenageons dans un appartement en banlieue, afin de nous éloigner de notre lieu de travail. Je m'occupe de Jérôme, je me repose, je lis.
Ghislain corrige les copies de ses élèves et prépare ses cours. Il fait des réussites le soir, sur son bureau. Nous n'avons pas la télé.
Je vais entamer mon troisième mois de grossesse. Un matin, une hémorragie s'annonce. je refuse d'aller à l'hopital. Ghislain insiste, mais ma réponse est ferme, c'est non. J'ai décidé de laisser faire la nature, j'ai peur, le souvenir de ma première césarienne reste vivace et l'angoisse me taraude.
A seize heures, nous partons aux urgences. Il est trop tard, je viens de faire une fausse couche.
Le médecin de garde me passe un savon copieux, j'ai pris des risques, il craint une septicémie, je n'ai qu'une idée en tête, repartir chez moi. A dix neuf heures, retour à la maison, après une semaine de repos, je suis en forme et je me fais enfin prescrire la pillule. Enfin !
Le mois suivant, je sonne au hasard d'une porte cossue, sur la plaque il est écrit "Maître Elsrff Avocat".
Maître Elsrff m'explique que pour divorcer, car je lui ai annoncé tout de go ma décision, je dois trouver un accord avec mon mari, il faut mettre en place un divorce pour faute. Pour faute ? Mais quelle idée !
Mais, le divorce par consentement mutuel n'existe pas encore, nous sommes en 1974.
Il n'y a pas de solution, nous allons organiser un divorce pour faute dit l'avocat; Il règle tout d'ailleurs, un de ses confrères prend en charge mon futur ex mari, nous payons donc chacun les frais de nos dossiers respectifs. Il nous est demandé d'écrire deux courriers, que nous rédigeons ensemble, mon mari est prié d'avouer qu'il m'a trompé, l'avocat lui dicte le courrier, je réponds en disant que moi ausi je l'ai trompé et que je le regrette, l'avocat me dicte le courrier à moi aussi..
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| Envol. |
Quelques mois après, le divorce est prononcé. J'aurai une pension pour Jérôme qui ira chez son père tous les quinzes jours et la moitié des vacances scolaires.
Me voici seule.
Le bébé enfin nous est rendu. Enfin ! Je vais le chercher, j'ai prévu un pantalon rouge et une brassière bleu marine. C'est la mode, très nouvelle, des couleurs vives pour les enfants. Son teint pâle s'accomode bien de ces couleurs. Je l'adore.
Nous avons repris notre travail Ghislain et moi. Le temps s'écoule...Jérôme pousse comme un champignon. Je suis toujours si inquiète...mais mon inquiètude n'est pas justifiée, biberons et purées de carottes disparaissent sans problèmes. Il a le bout du nez tout jaune, c'est la coloration carotte.
Je n'arrive pas à oublier le traumatisme de mon opération. J'ai été transfusée, Jérôme aussi parait-il, c'est ma soeur qui le dit. je ne sais pas et je ne veux pas le savoir. Nous sommes rhésus incompatibles Ghislain et moi, et bien que je sois ravie d'être sauvée, que nous soyons sauvés et en forme, la nuit je fais des cauchemars, je déteste croiser une femme enceinte, donner la vie est devenu pour moi un danger potentiel.
Les journées défilent, la nourrice, les élèves, mes études, ...une vie rapide, et bien remplie comme toute jeune maman. Ghislain a terminé ses études et il enseigne à temps complet. Nous sortons un peu, mais nous nous ennuyons beaucoup ensemble. Il va à la pêche dès qu'il a cinq minutes, la pêche est sa passion.
Nous déménageons dans un grand pavillon et je m'entiche d'un chien tout noir aux longs poils, que me donne une amie, Lucie. Adopté. Il s'appelle Vanille. Il rempli la maison de joie.
Nous nous disputons pour des broutilles, comme des adolescents. Ghislain est habitué à ne pas participer au travail de la maison, sa mère refusait qu'il fasse la vaisselle ou tri ses vêtements pour la machine à laver. Je m'agace de cette flemme persistante. Je suis fatiguée, je loupe mes concours.
Jérôme souffle sa première bougie.
Nous décidons d'aller vivre dans le Sud, il y a un poste libre, en Aquitaine, sans hésiter, nous nous organisons et nous nous mettons à la recherche d'un appartement.
Mais je ne vais pas bien, je suis fatiguée. Alors qu'aucun signe ne m'indique la nouvelle, elle tombe brutalement , je suis de nouveau enceinte. Catastrophe.
Enfin ! Je suis autorisée à sortir ! Ces trois semaines d'hopital m'ont semblé interminables. Il fait chaud, je suis toute maigre et je flotte dans la robe bariolée offerte par ma belle-mère.
Une ambulance m'attend, Ghislain est venu car nous devons aller à l'hopital des enfants, je vais enfin faire connaissance de mon fils.
Je meurs impatiente, j'appréhende cette rencontre avec ce petit que tout le monde me décrit, mais que je n'ai pas vu, même en photo. Personne dans la famille n'a pensé à faire une photo et à me la montrer, malgré mes demandes.
Les couloirs sont infinis, infinis. 2e étage. Nous arrivons au service des prématurés. Couveuses. La porte du service est fermée, l'infirmière va revenir nous dit-on. Pétrifiée, je demande à Ghislain où est notre fils. Il hésite, regarde les couveuses, derrière la vitre on aperçoit des tout petits qui gigotent ou pleurent. Il ne le reconnait pas et se trouve dans l'incapacité de me le montrer. J'aperçois un tout petit bébé aux joues rondes, je le choisis instantanément, sûr, c'est le mien. Je le regarde, il me plaît.
L'infirmière arrive, en compagnie de ma belle-mère. Elle a le bébé dans les bras et me le tend en s'exclamant "il est adorable".
J'ai mon enfant dans les bras. Je regarde ce tout petit, pas de sourcils, pas de cils, cela reste à finir, il est arrivé sans avoir le temps de fignoler son look. Il me semble grand, je pleure et tout à coup, je le repose dans les bras de l'infirmière en criant : "je n'en veux pas". Stupéfaction. Je veux partir. Ma belle-mère, effarée, essaye de comprendre mais visiblement elle ne comprend pas. Il est vrai que nous sommes encore sous le choc de la mort de mon beau-père, un peu perdus, vite dans l'émotion à fleur de peau.
Je suis effondrée. Je ne l'avais pas imaginé comme ça mon fils, je le croyais plus rond, plus ...je ne sais pas, mais ce n'est pas cet enfant que j'attendais. Je m'imagine qu'on m'a volé mon bébé et qu'un échange a eu lieu avec le mien, le vrai, et que celui ci est le bébé d'une autre maman. Peut-être d'ailleurs aurais-je du voir une fille ? Rien ne prouve que j'attendais un fils.
Je rentre à la maison en larmes. Je ne fais que vomir. Je ne veux pas de ce bébé, je répète, "je crois que ça n'est pas le mien'. Je me fais engueler par tout le monde, parents, grands-parents, tantes et oncles, tout le monde cherche à me raisonner mais personne ne cherche à me rassurer, me consoler. Je reste prostrée une semaine, j'ai rangé au fond d'un placard les petits vêtements du trois mois et du six mois, les couvertures, j'ai replié le lit pliant. Je pleure. Je ne mange plus, je ne dors plus, je pleure.
Passés quelques jours, je veux soudainement revoir ce petit. Nous partons en couple à l'hôpital. Je prends le bébé, mon bébé dans mes bras. Il dort contre moi, apaisé. Je l'observe, il est mignon, il a les cheveux châtains et les yeux bleus foncés. Je veux l'emmener. Impossible, il doit atteindre trois kilogs pour quitter la couveuse.
Il faudra attendre septembre pour enfin l'emmener avec nous. Nous ne pouvons pas aller tous les jours à l'hopital, notre vieille voiture s'essouffle, nous y allons un jour sur deux mais j'attend ces jours là avec une impatience fébrile. Il me manque, j'ai ressorti son trousseau et racheté des petits vêtements.
Je ne vis que dans l'attente de son retour à la maison.
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Début août, ma mère accouche d'un garçon. Un petite frère pour moi. Un jeune beau-frère, s'il en est, pour mon conjoint !
Occupée à construire ma vie de femme mariée, je ne me sens pas très concernée par cette nouvelle naissance au foyer parental.
Ma grossesse nous oblige à déménager, mon jeune mari et moi. Nous quittons notre minuscule studio pour un deux pièces spacieux. Le bébé est prévu pour septembre. Nous nous organisons, je tricote pour lui, ma belle-mère Pauline aussi. les brassières s'emplient dans l'armoire. Je ne ralentis pas mes activités, je suis jeune, optimiste et en pleine forme.
L'année scolaire se termine. Je ne veux pas accoucher dans le Poitou, ou nous habitons, je veux être près de ma famille. Nous partons début juillet 1971, pour nous installer jusqu'en septembre chez mes grands parents. La vie est agréable dans le bourg tranquille, repos et réunions de famille. J'ai souvent des douleurs violentes dans le ventre, je m'imagine que c'est normal, que le fait d'ête enceinte génère obligatoirement des douleurs persistantes. Je n'en parle à personne.
Dans la nuit du 24 juillet, je souffre beaucoup. Au petit matin, épuisée par la douleur, je réveille Ghislain. Nous avons à peine quarante quatre ans à nous deux, nous sommes désemparés devant la situation. Que faire ? A neuf heures, impossible de poser un pied par terre,nous appelons le médecin qui arrive vite, m'ausculte et décide de me faire transporter d'urgence en ambulance, dans la plus grand ville, à une vingtaine de kilomètres.
C'est dimanche, aucun des internes présents dans le service ne comprend ce qui m'arrive. Un chirurgien est appelé, il arrive et décide "d'ouvrir", catastrophe, une sage femme, persuadée que je faisais un caprice, m'a obligé à manger. Danger. Il faut tout de même m'opérer, le chirurgen me prévient, le bébé fatigue, il risque de mourir . Je le supplie de sauver mon bébé, moi, je m'en fou de mourir. Jeune, la mort me semble irréelle.
Mon mari est parti déjeuner chez sa mère. je suis seule dans cet hopital. J'ai peur, je souffre, je veux que vive mon bébé.
Je suis rapidement anesthésiée.
A mon réveil, j'apprends que j'ai un petit garçon. Il étouffait par manque d'oxygène et en s'agitant, me déchirait une partie abimée du ventre, l'épiplon. J'ai été transfusée. ko, j'essaye de comprendre de qui m'est expliqué mais c'est compliqué pour moi, je veux juste dormir. j'ai un petit garçon, né prématurément avec presque deuxois d'avance, il vient d'être transporté en hélicoptère dans un hopital spécialisé pour enfants. Il va bien mais il est prématuré, très fragile, il faut le mettre en couveuse. Je m'endors à nouveau, tranquilisée.
Quelques heures après, mon mari est de retour, avec sa mère. Je ne me suis jamais senti aussi seule, je lui en veux d'avoir quitté l'hôpital, m'y laissant comme abandonnée.
Les trois semaines d'hospitalisation me permettent de récupérer. J'ai une volonté de fer et une immense et vilaine cicatrice sur le ventre, cicatrice verticale qui restera à tout jamais. Elle s'infecte, j'ai une éventration, décidemment, rien n'est simple...
Je veux voir mon fils. Impossible. Ghislain ne prends pas de photo, cela m'inquiète. Il me dit que tout va bien, qu'il ne va pas prendre une photo de la couveuse, qu'on n'y voit rien. Ma belle mère, heureuse de ce petit fils, me prêche la patience.
Je patiente.
Mes parents viennent me rendre visite dès qu'il le peuvent, mais maman est à bout de nerfs, elle a repris son travail, mon petit frère qui a onze mois,est en nourrice, toute la semaine. Elle se remet difficilement d'une grossesse non choisie. Elle est très déprimée, je ne peux compter que sur moi.
Je n'arrive pas à imaginer cet enfant, le mien. Il s'appelle Jérôme. Pendant que je me bats pour récupérer, Jérôme dans sa couveuse se bat pour vivre. Son poids tombe, mais j'ai confiance, il va s'en sortir ce gosse !
Je veux voir mon fils, je veux voir mon fils, je veux voir mon fils. rien d'autre ne m'interesse.
Je suis mariée. j'ai une alliance et l'on m'appelle "Madame". J'aime être appelée Madame. Je paraît encore bien jeune pourtant, j'ai les joues rondes malgré ma minceur.
D'abord installés dans un 2 pièces, prêté par mes grands-parents, pour les 2 mois précedant la rentrée, nous déménageons ensuite dans la Vienne. j'ai un poste de "pionne" et Ghislain qui continue ses études en FAC, enseigne les sciences économiques à des élèves plutôt sages. Dans notre studio tout neuf, v nous nous ennuyons très vite en tête. Moi surtout je crois. Ghislain est habitué à une vie familiale restreinte. Moi, j'ai l'habitude de vivre dans une famille remuante et neuf années d'internat m'ont obligées à adopter la compagnie.
Les weeks-ends, nous sortons, avec des amis, en "boite" pour danser, sauf lorsque je suis de service de garde. Nous lisons beaucoup et Ghislain qui adore la pêche, va pêcher dans le Clain, non loin de chez nous.
Nous allons souvent voir nos parents respectifs, ma mère a accouché d'un petit garçon tout rond, le premier août.
En décembre, aux environs de Noèl, je n'ai pas mes règles à la date prévue. Inquiète, je vais consulter, et la médecin m'annonce que je suis sans doute enceinte.
Enceinte ? Je ne prends pas la pillule mais enceinte j'aurais pu l'être...bien avant d'être mariée. Mon premier amoureux rêvait de me faire un enfant, il avait 18 ans et moi 15 ans, nous pratiquions la méthode Ogino, en cachette de maman, je tenais mon calendrier avec soin. J'ai continué sur ma lancée et je suis ébahie. Je n'avais pas prévu d'erreur dans mes calculs. Pourtant, les bébés "Ogino" entretiennent bien la démographie Française !
Nous sommes en vacances chez mes parents. Je fais part de mes inquiètudes à maman, toute heureuse à l'idée de devenir grand-mère. Elle aura 42 ans bientôt mais elle n'avait que 19 ans quand je suis née, tout lui paraît dans l'ordre du déroulement de la vie.
Au lycée, des collègues me proposent de me présenter des potes étudiants en médecine, ou alors de partir en Angleterre, si je ne veux pas assumer cette grossesse. Mais je veux garder cet enfant. Nous décidons de nous organiser pour l'accueillir et la première chose à faire est de déménager pour avoir davantage d'espace.
Nous sommes le 4 juillet 1970.
C'est le jour de mon mariage. Je n'ai aucune envie de me marier, mais c'est trop tard. Tout est organisé, mes parents, dans leurs tenue endimanchées sont émus, ils marient leur fille .
J'ai vingt et un ans. Mon futur mari a le même âge que moi. Rien ne pressait mais Ghislain a insisté, il a perdu son père il y a quelques mois, fils unique, il éprouve le besoin urgent de fonder une famille. Je m'apprêtais à rompre, quand mon futur beau-père est mort d'une crise cardiaque. Il avait quarante sept ans, c'est bien jeune pour mourir, mais du haut de mes vingt et un an je trouve que c'est déjà "un peu vieux". Le coup est rude pour sa veuve et son fils. Par ricochet, le coup est rude pour moi aussi, je suis coincée.
Je propose de reculer notre mariage, mais Pauline, ma future belle-mère a cru a me rassuré le lendemain des obsèques de feu mon futur beau-père, un homme charmant, me précisant:
-Ne vous inquitez pas Flavie, votre mariage aura lieu en juillet comme prévu, pas question de reculer la date, ainsi le père de Ghislain sera avec nous du haut des cieux. J'ai pensé "je suis cuite, tant pis, je me marie".
Je n'ai pas voulu ajouter à sa peine en lui avouant qu'épouser son fils ne me disait rien qui vaille, elle éprouvait le besoin de s'entourer d'une famille. Ghislain est un homme gentil, mou mais gentil. Gentil mais ennuyeux. Ennuyeux et sans humour. Premier de la classe, toujours, il cartonne en FAC de sciences Eco.
Il a Vingt et un an et c'est encore sa mère qui lui lave les cheveux...Etonnant. Je fais la remarque, et l'on me prie de m'occuper de mes affaires...
Ghislain ne sait pas changer une ampoule électrique. Je m'en étonne, montée sur l'escabeau pour redonner de la lumière, et sa mère me précise "Vous savez, il ne bricole pas, c'est un intellectuel". Sous-entendu que je ne suis pas une intello, moi, car je sais changer une ampoule grillée...Elle me prend pour une pintade ?
Je n'ai pas voulu de robe blanche et j'ai imposé un tailleur-pantalon blanc. J'aurais adoré me marier en robe rouge. Toute la famille, lorsque j'ai énoncé cette idée, a levé les bras au ciel : "Comment se fait-il que tu aies toujours des idées bizarres ?" à dit maman.
Je suis devant la mairie, j'attends que la famille se regroupe. J'affiche un sourire crispé, j'ai consenti à mettre une fleur dans mes cheveux, je suis niaise à souhait. Ghislain a tenu à se marier à l'église, où plutôt, il craignait de contrarier sa famille en zappant l'église... Après mille et une discussions avec mes parents j'ai accepté. Me voici donc, raide comme un piquet, sous un fin crachin d'été, à attendre. Je voudrais avoir le courage de m'enfuir à toute jambe, au lieu de quoi, je suis tétanisée.
J'oubliais : ma mère est enceinte, elle va accoucher début août.
Elle s'esquive dès qu'elle aperçoit un appareil photo.
Ce bébé qui arrive est un "accident pillule". Ma mère à pris la pillule dès que la loi Neuwirth a été votée, ça fait donc 4 ans.
Elle a aujourd'hui 41 ans et marie sa fille.