Flavie Miller-Costa Stop et Encore.
J'écris mes mémoires. Mariages, divorces, amants, enfants, je suis l'héroïne inconnue de ma vie.
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Date de création : 01.02.2012
Dernière mise à jour :
15.02.2012
18 articles
Mi-mars 1982. Je suis allongée. Précaution visant à protéger le bébé qui d'après la gynéco, manifeste une envie de sortir prématurée.
En fait, il faudra aller le déloger le jour prévu de l'accouchement,deux mois plus tard. il se trouve si bien au chaud, à gigoter en tout sens, qu'il ne tente plus de courir à la découverte du monde. Je me suis confortablement installée sur un lit une place, calé près du radiateur en fonte dans le grand séjour. L'appartement est immense, 200 m2 et une terrasse couverte. Immense mais vieillot, quoique que joliment rénové, tons à l'ancienne et meubles assortis. J'ai posé un nouveau papier peint dans le séjour, anciennement la chambre de mon compagnon, Bertrand II, et de son ex épouse.
Il m'a fallu négocier, la fille ainée de Bertrand manifestant une tendance à s'ingérer dans notre vie et à donner des avis que nous ne lui demandons pas. Avis que son père écouterait volontiers : "Marie-Noemie pense que nous devrions conserver la chambre du fond pour en faire une chambre d'amis", "Marie-Noemie trouve dommage que tu veuilles modifier les couleurs du salon" "Marie-Noemie aimait bien la façon dont la cuisine était agencée avant". Avant c'était avant, je suis chez moi, je décore et j'amménage comme je l'entends,je m'empresse de le préciser au futur papa, dont mon bébé sera le cinquième enfant, les quatre autres, dont le dernier a dix neuf ans, venant de la couvée avec madame son ex épouse.
Marie-Noemie a le même âge que moi, à quelques mois près, et je sens s'installer un conflit de territoire. Il va falloir veiller au grain !
Un matin, alors que j'arrive dans le salon décontractée, en petite culotte et haut dentelle, je trouve une tonne de disques 33 tours éparpillées dans le salon, ainsi que des sacs de voyages éventrés, jetés en tous sens, déguelant du linge chiffonné. Stupeur.
Ouvrant avec précaution la chambre d'amis, je découvre Christian, le dernier de la fratrie, ronflant sur le lit, bras en croix, boots déguelasses aux pieds, sur le dessus de lit satin. On dirait qu'il s'est installé chez nous cette nuit...
Son père m'apprend dans la journée qu'en effet, Christian vient de quitter sa petite amie, chez qui il vivait, qu'il ne veut pas aller habiter avec sa mère et qu'il va vivre ici, avec nous. Je supporte la nouvelle au prix de contractions subites.
En réalité, Christian n'est pas désagréable, simplement, il est jeune, encore adolescent, inconscient, irresponsable et foncièrement égoïste. Il nous impose sa musique furieuse, la baignoire dégoutante car jamais rincée après ses bains quotidiens, ses copains chevelus qui fument le tilleul, sa propension a rester scotché au téléphone vingt quatre heures sur vingt quatre. Un brin découragée, je fais en sorte de me montrer compréhensive.
Au fil des jours, nous cohabitons sans trop de heurts. Jérôme est content de ce nouvel arrivant qui joue au grand frère. Christian est content d'être chez nous, son ancien chez lui, puisque son père vivait dans ce lieu en famille.
L'intruse, c'est moi.
9décembre 1981 à 17 h 4O. Mairie du 12e arrondissement.
"Nous, Bertrand C et Flavie M-C, reconnaissons l'enfant où les enfants à naître...."
C'est fait, notre bébé ou nos bébés en cas de jumeaux ou de triplets, ou plus si la malchance s'en mêle...Notre bébé disais-je est reconnu.
Je déconne, il n'y en a qu'un bébé, bien à l'abri de moi, j'ai fait une échographie ! L'employée de mairie s'en fou de l'écographie, elle applique consciencieusement la loi..imparable logique.
Bertrand 2 a exigé de reconnaître le bébé par anticipation. De disputes en chamailleries, j'ai fini par accepter. Nous venons de signer le registre en mairie. Bertrand 2 me fait remarquer que cette double signature me met à l'abri. Je ne manque pas de rétorquer que lui aussi, cela le met à l'abri, car il a fini par divorcer, mais pas moi.
Je suis toujours la légitime épouse de Bertrand premier. qui au titre de mari, peut toujours et d'office être considéré comme le père de l'enfant à venir. Je viens toutefois d'entamer avec mon futur ex une procédure en divorce. Procédure amiable.
Février de l'année suivante, nous déménageons.
Je quitte mon trois pièces pour occuper dorénavant l'appartement de Bertrand, dans le 12e arrondissement. Appartement qui est encore occupé par son ex femme, qui elle, va prendre mon trois pièces en attendant d'investir. Nous échangeons nos appartements donc.
Madame ex m'a téléphoné pour savoir si nous devions vraiment échanger nos appartements. Elle veut garder le cinq pièces, car elle va acheter un logement bientôt, et préfère s'économiser un déménagement..
La résolution de l'affaire ne m'appartient pas. Je lui fait connaître mon point de vue, qui est de conserver l'idée de l'échange, pour des raisons juridiques qu'elle connaît. Elle tient à ce que nous devenions copines, elle acte l'idée. Je lui précise que nous pouvons lui apporter de l'aide au déménagement.
Et chacun d'emballer ses cartons...
Mon troisième mari a vingt deux ans de plus que moi, qui vient de fêter mes trente ans. Il est donc plus âgé que mon père. Je l'ai rencontré de façon très ordinaire, dans le cadre professionnel. Il est marié, mais en instance de séparation car sa femme a décidé de le quitter, après trente deux ans de vie commune et quatre enfants.
Madame quitte monsieur pour vivre avec une autre femme.
En effet, militante féministe, Marie-Danielle, la femme actuelle de mon futur mari, vient de tomber amoureuse d'une consoeur. Pour lui, le choc est rude. Il est furieux. Peut-être inconsciemment, en rajeunissant les cadres, par mon entrée dans sa famille, se venge-t-il d'une situation antérieure qui blesse son machisme. Je ne sais pas. C'est pour moi une histoire de tendre amitié. Peut-être pour lui aussi...Il ne me dit jamais qu'il m'aime. Il est gentil, peu sensuel, ce n'est donc pas la vie nocturne sous l'édredon qui nous lie. Il est cadre, cadré et cadrant.
J'ai toujours Bertrand en tête de toutes façons. Lui aussi s'appelle Bertrand ! Ce deuxième Bertrand s'installe avec moi, après un séjour ennuyeux à Dieppe, destination qu'il a choisi car je lui ai dit combien j'adorais la soupe de poisson. L'idée est aimable, Bertrand 2 cherche à me distraire de Bertrand 1. Il me fait part très rapidement de son désir de vivre avec moi. Pourquoi pas ? Je me sens totalement paumée, et je n'ai qu'une idée en tête, avoir un deuxième enfant. Je le lui dit. Il s'arrache les cheveux qui lui reste en me suppliant d'oublier pareille folie. Je tiens bon : il peut venir s'installer avec moi s'il accepte de me faire un enfant et cette proposition n'est pas négociable.
Cette histoire n'est pas romantique, mais nous sommes entre adultes, j'ai décidé de ne pas tricher et de jouer la raison. Après tout, ma grand-mère et mon grand-père ont été mariés par leurs familles respectives, ils ont vécu ensemble plus de soixante ans après avoir eu sept enfants. Au diable le violon et les sucres d'orge, la tendresse qui nous lie suffira.
Ses enfants m'acceptent d'emblée, bien que le fille ainée, qui a mon âge, se montre un peu plus réservée à mon égard. Aimable, mais réservée. Les deux garçons, des adultes originaux, sont charmants et la dernière fille, une étudiante blondinette, me saute au cou. Elle me ressemble vaguement d'ailleurs, on la prend parfois pour ma fille.
Me voici donc en couple avec ce nouveau Bertrand, non divorcée de Bertrand, mon deuxième mari.
Faisons confiance à l'avenir.
Nous allons nous séparer Bertrand et moi.
C'est l'accord que nous trouvons en cette fin d'année 1979. Bertrand va continuer sa route, avec l'espoir que Florence finira par divorcer et par vivre avec lui. Ce qui sera le cas.
Je ne mange plus, je ne dors plus, mais je ne vais pas me battre pour garder un homme qui s'ennuie près de moi et qui s'endort en rêvant d'une autre.
Je ferai un autre enfant, avec ou sans lui. Je le lui dis. Je ne sais pas encore avec qui ni quand mais de ce projet je suis certaine. Cette idée m'aide à surmonter ma déception et à affronter la séparation.
Un jour mon chemin croisera à nouveau un regard qui s'attardera dans le mien. En attendant, je déprime et je lutte pour faire des projets, conserver de l'énergie, ne pas affoler Jérôme qui aime beaucoup Bertrand, la réciprocité étant établie.
Le père de Jérôme, Ghislain, s'est remarié avec une de ses jeunes élèves et il ne veut plus prendre notre fils en vacances, sa nouvelle épouse ne supporte pas cet enfant né d'un autre lien. Je conserve des liens amicaux avec Pauline, mon ex belle-mère, de façon à ce que mon fils reste ancré dans sa famille paternelle. De compromis en compromis, je préserve Jérôme du mieux que je peux de cette cassure.
Printemps 80. Je déménage, une fois de plus. J'ai trouvé un petit appartement agréable au neuvième étage, vers la place de la Nation. J'ai loué par agence, louer dans la capitale relève d'un parcours hasardeux et d'un investissement non négligeable.
Il y a une école primaire pour Jérôme, dans une rue adjacente, et un métro à deux cent mètres pour moi. Je vais m'épargner le train de banlieue, c'est au moins un point positif. Je travaille vers la place de la République. Fini la course !
Je me réorganise, je pleure tout le temps, dès que je suis seule. Au bureau je sêche mes larmes, je ne dis rien de ma situation.
Je revois Antoine une fois ou deux, même hôtel, même heure, mêmes précautions. Je mets un terme à notre érotique liaison, qui ne comble pas mon chagrin. Nous restons amis et aucun problème ne surgit jamais entre nous. Je n'ai pas investi sentimentalement cette relation. Lui non plus, mon caractère bien trempé heurte sa réserve naturelle. il n'a rien d'original, il est gentil et se plaît dans son quotidien bien rôdé aux journées lisses. Il est agaçant, un peu ennuyeux, sauf au lit où il déborde d'imagination. Cet homme est un bon coup !
La nouvelle me tombe sur le coeur la semaine suivante : Bertrand est amoureux. Pas de moi. Plus de moi.
Nous sommes en 1979, notre mariage est jeune de trois ans. Il m'annonce les faits avec précaution. Il a eu un coup de coeur pour l'épouse d'un camarade socialiste. Preuve que le militantisme n'exclue pas les sentiments...Je suis effondrée. La dame a mon âge, ce qui me dispense d'une jalousie liée au temps qui passe, à mes supposées rides précoces, à mon éventuelle cellulite; mon jeune mari n'aime que les femmes mûres. J'ai 30 ans. Ma concurente aussi. Moi qui me méfiais des jeunettes ! Comme moi elle a un fils, du même âge que le mien, et comme moi elle a un mari.
Savoir qu'elle a un mari me semble êtres de bon augure, dans un premier temps. J'espère en effet que son mari va manisfester comme moi, un mécontentement suffisant pour que les tourteraux mettent une terme à leur passion débutante. Que neni. A croire que le futur ex mari de madame est heureux de trouver preneur ! Je pleure, je rage et je pleure encore.
Je comprends vite que je ne ferai pas le poids, elle a pour elle de partager les idéales idées de mon conjoint. Et puis, Florence, c'est son prénom, ne veut pas d'enfant. moi j'en voudrais tant un autre...C'est un point crucial de nos discussions récurrentes. Bertrand me démontre à coup d'équations que nous sommes trop nombreux sur la planète et qu'il faut cesser d'urgence de se reproduire.
Les jours passent, je cesse de pleurer et je réfléchis. Que faire ? Tout d'abord prendre un amant ! Pas pour la reproduction, juste pour me rafraîchir les hormones en jachère. Je ne vais pas me dessêcher sur pied, diantre !
J'ai des sollicitations, il me reste à choisir. Je jette mon dévolu sur un chef de chantier végétarien. Il est discret, et marié. Les deux paramètres sont importants, discret afin que l'affaire ne s'ébruite pas, et marié afin qu'il ne se mette pas en tête de vivre avec moi. Il est assez charmant, me propose régulièrement un café quand il passe vers mon bureau, me complimente parfois en rougissant...Je tente ma chance.
C'est rapidement plié, Antoine voyant que je me rend disponible plus souvent pour bavarder avec lui m'invite un soir à boire un apéro à la rhumerie saint Germain. OK. Je m'organise. Nous passons une excellente soirée dans une ambiance trop enfumée. Je téléphone, pour faire garder Jérôme. Lui téléphone chez lui, pour invoquer un problème professionnel urgent et, sortant de notre bar, nous nous dirigeons vers un petit hôtel discret.
Je ne regrette pas la halte coquine ! Il faut se méfier des hommes timides, Antoine semble réservé en effet,mais sous son air vaguement éberlué il cache une libido redoutable. J'envoie voltiger mes vêtements, et il me découvre toute dentelles noire et bas jarretelles. Il est scotché, j'ai toujours un style sportswear, il n'avait pas imaginé...Nous passons trois heures riches en dépense d'énergie.
Quand je rentre chez moi, il est minuit largement passé. Bertrand est rentré, Jérôme couché.
Bertrand inquiet, s'enquiert d'éventuelles problèmes que j'aurais rencontré pour revenir si tard. "Aucun problème, j'ai pris un amant", ma réponse est précise. Les bras lui en tombent.
Nous discutons de notre avenir le restant de la nuit.
Ma vie conjugale est en berne, mais sur le plan professionnel, ça déménage !
Je prends du galon, et j'accepte un poste en détachement, à la station Opéra. Les beaux quartiers, le lèche-vitrine, la place Vendôme, les bijoutiers, le luxe...L'administration n'aligne pas mon salaire sur les prix du quartier. Dommage dommage...La place Vendôme, je ne peux me l'acheter qu'au Monopoly, un jeu que je déteste. De toutes façons, tous les jeux m'ennuient. Jouer m'empêche de rêver.
Côté ambiance, j'ai perdu au change. Mon nouveau directeur est un fou furieux, il hurle, il aboie, il s'excite tout seul, claque les portes, s'égosille dans son téléphone, injurie le petit personnel. Grand,brun pas mal, athlétique, frais émoulu d'une grande école, il n'a aucun contrôle et s'égosille à tout propos, ses ennemies préférées étant les secrétaires. il les traite avec mépris et condescendance, et s'excuse à coup de boites de chocolats, qu'il pose d'un air détaché sur le coin de leur bureau. Je suis révulsée.
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A la maison, c'est le statu quo.
La forêt domaniale de Sénart accueille mes promenades du dimanche. Nous sommes à une trentaine de kilomètres de Paris et nous empruntons les routes forestières rectilignes, aménagées par Louis XIV pour y chasser à courre en son temps.
Oxygène et sentiment de liberté. Nous pourrions y décompresser en famille, mais Bertrand dort toute le journée du dimanche. Il récupère. ça m'énerve et en même temps je le comprends. Je dormirais bien moi aussi, mais Jérôme m'attend pour jouer dehors, se promener avec moi et ses copains, l'admirer quand il joue au foot, avec la petite équipe de l'immeuble, entrainée par "Jacky". Sacré Jacky !
Bertrand et moi nous partageons le même espace mais nous y vivons en différé. Il a fini par trouver un poste à sa convenance, animateur dans une MJC, il en devient bientôt un élément indispensable et responsable avec un grand R. Ateliers, spectacles, les activités ont lieu le soir. il rentre vers 2 heures du matin, claqué. Moi je dors, je règle le réveil sur 5 heures 30, pour attraper mon train. On se laisse des mots sur la table de la cuisine...De surcroît, il milite à fond, président de toutes les associations du quartier, organisateur de toutes les fêtes solidaires, pour se voir il faut envisager de prendre rendez-vous..
Quand nous dinons, c'est avec des "camarades", poulet bio et légumes bio, riz et lentilles durs comme des boulons d'acier, fromages au lait cru, j'ai peur de me choper une listériose. Les hommes parlent politique, les femmes parlent politique, en dehors de la politique point de salut !
Le temps passant, Je me sens devenir transparente. Profitant de quelques jours de congés, je pose dans la cuisine un nouveau papier peint. Des carreaux verts et rouges. Impossible de louper cette nouvelle déco ! Bertrand arrive, pour une fois à 21 heures, s'assoit pour diner, je lui demande "tu ne remarque rien ?" Il balaye du regard la pièce, "non", il ne remarque rien. Incroyable ! Je m'énerve là, je m'énerve..
Pas moyen d'être tranquille, notre appartement, situé en rez-de-chaussée, est spacieux mais il présente un inconvénient majeur, quand les gosses jouent au ballon, le ballon attéri une fois sur deux dans la salle de séjour, une fois je le prends dans le minestrone, sans compter le risque de me faire assommer régulièrement ! Nous vivons donc volets clos.
Je me débrouille pour trouver un appartement mieux situé, au 5e étage du même immeuble, un quatre pièces est libre, nous y emménageons. Monter les meubles, encartonner les livres, remonter les meubles, déballer les livres...
Jérôme est fatigué. Je veux me rapprocher de Paris. Bertrand refuse, comme il refuse que nous ayons une enfant, et m'annonce qu'il va se faire vasectomiser en Suisse...J'avais repris confiance dans ma capacité à donner à nouveau la vie, merde ! Je veux fonder une nouvelle famille, avoir encore un enfant.
C'est non. Le temps se gâte...
Concours. Réussite. Affectation.
Ma mère qui m'a encouragé est contente, sa fille prend de l'élan. elle rêve pour moi d'une belle carrière.
En attendant de trouver un nouveau logement, je passe ma vie dans les transports en commun. Une vraie plaie !
Banlieue de Paris. Bus puis train de banlieue direction gare de Lyon et ensuite, le métro. Collée-serrée contre mes congénères, trimballée dans des trains jamais à l'heure, bref, un quotidien déprimant...évidemment, ça n'a rien de transcendant la vie de banlieusarde.
Un matin, quelle horreur ! alors que je suis fermement accrochée à la barre centrale du train, sur la plateforme, pour me tenir debout, car le parcours cahotique est une vraie galère, je sens tout à coup, quelque chose de chaud, sur mes doigts. Je sursaute, et je pousse un grand cri, en découvrant qu'un monsieur a laissé trainer son thermomètre à moustaches au contact de ma main. Enfer et damnation ! Je suis saisie, tellement, que sur le coup, je reste muette, le temps pour le propriétaire de la chose de s'évaporer à la gare d'arrêt.
Ma vie est un tourbillon, comme celle de milliers de parisiens, ce qui ne saurait me consoler.
Côtétravail, je suis affectée aux relations humaines, ce qui me convient, en revanche, ce qui me déboussole, c'est la hiérarchie quasi militaire, qui règle tout, du moindre détail ridicule, au plus gros problème.Une armée de cheffaillons tamponne, relis, retamponne la case du haut, la case du bas, celle du milieu, chef, sous-chef, adjoint du sous-chef, pas un papier qui ne soit cent fois examiné. Un problème qui serait réglé en une journée met ainsi 2 semaines à trouver une solution. Les pauses café s'enchainent, les cancans vont bon train, les sujets qui préocuppent le plus la masse des "camarades travailleurs" étant de savoir qui couche avec qui et quand... Je trouve tout de même des collègues sympa avec qui échanger sur des sujets plus culturels que les histoires de fesses.
Enfin, je trouve un appartement sur la ligne Melun-Sénart. Une meilleure organisation familiale se met en place.
Bertrand abandonne à son tour l'enseignement. Il trouve un poste de commercial, à Montgeron, après une période de chômage, pendant laquelle il se montre angoissé, c'est bien normal, nous sommes en 1976, et on parle de crise économique !
Chaque matin, je dépose très tôt Jérome à la garderie de sa nouvelle école. Il est à peine réveillé que je lui fais avaler son chocolat, sur la regaine "vite vite, dépêche toi, maman est pressée". Le soir, j'essaye de revenir le plus tôt possible, au mieux vers 18 heures 30. Je passe à la boulangerie, en courant, je passe à l'école chercher mon fils, en courant, je rentre, en courant car il faut préparer le diner, je dine avec lui, l'oeil sur le réveil de la cuisine, je vérifie le cartable, je surveille la douche, je prépare les affaires du lendemain, je mets une machine en route pour lavage du linge, il se couche : "des bisous maman", et je me mets au travail, c'est à mon tour de faire mes devoirs !
En effet, j'ai décidé de passer les concours interne et de monter rapidement en grade. Question de salaire bien sûr, mais pas seulement, j'ai regardé la pyramide hiérarchique et j'ai coché d'un trait, un peu au-dessus du milieu, en disant "il faut que je sois au moins à ce niveau là". Autement dit : Cadre.
Je travaille jusqu'à minuit. Je repars en courant le matin. Paris et sa culture m'échappent, je ma fiche même de l'exposition de ramses II au Grand Palais, alors qu'en d'autres circontances, j'en aurais rêvé.
Le concorde prend son envol, le monde bouge et moi je cours jusqu'à m'essoufler.
Bertrand a posé des étagères dans ma cuisine.Le résultat est tout à fait acceptable. Il dort chez moi. Jérôme est rentré de ses vacances pour reprendre le chemin de l'école. Il questionne Bertrand : "Tu vas rester vivre chez nous ?" Bertrand prudent répond qu'il ne sait pas, et Jérôme lui conseille, s'il a une mère, de retourner vivre chez elle. Voilà une entrée en matière qui incite à la prudence !
Nous sommes fin janvier, Bertrand s'installe avec moi. Je ne sais pas dire si je suis profondémment amoureuse de ce charmant jeune homme, il me plaît, sa passion pour la politique m'agace un peu pas mais c'est son choix. Son ex co-locataire, Daniel, et néanmoins ami, s'installe tout à côté de chez nous, il avait une liaison avec une jeune femme du quartier, il transforme l'essai et s'installe chez elle. Nous voici donc Daniel, Annie, Bertrand et moi, devenus inséparables.
Annie est dépressive, le plus souvent, quand je passe pour boire un thé, je la trouve en train de pleurer. Je m'assieds et j'attends. Elle s'inquiète de savoir si je ne m'ennuie pas, et continue à pleurer tout en s'excusant de pleurer. Je voudrais bien l'aider mais je ne sais que dire, alors je ne dis rien. Je l'écoute pleurer silencieusement. Je propose de ne plus venir mais elle trouve ma présence réconfortante, donc je continue à m'installer sur son canapé au milieu des kleenex.
Nous inventons ensemble d'interminables diners, qui se terminent tard, dans la fumée opaque des clopes, Daniel et Annie fument sans discontinuer. Je me laisse parfois trainer dans des meetings saoulants. Nous sommes passés au gouvernement Raymond Barre, Jacques Chirac vient de créer le RPR, et Albert Spaggiari vient de réaliser le casse du siècle ! ça me fait rêver ça, le casse du siècle !
Les parents de Bertrand, informés de notre vie commune, ont refusé de me recevoir. Je suis trop vieille et j'ai un enfant. Lui décide de ne pas céder, et leur précise qu'il ne viendra pas chez eux sans moi. 
Une lettre ce matin : je suis reçue à un des concours que j'ai tenté. Changement pour tout le monde ! Je vais quitter ce fichu établissement, où j'ai acquis une paix relative.
Agatha Christie Raymond Queneau et André Malraux lâchent définitivement leurs plumes respectives en cette année 1976. Moi je tiens fermement la mienne, j'ai en effet décidé de passer des concours pour changer d'administration.
Le premier jour de l'année a été placé sous le signe de la rencontre. Un jeune pionque je cotoye depuis la rentrée, et auquel je dois dire je n'ai prêté aucune attention particulière, sauf amicale, se révèle être amoureux de moi. Il me l'apprend par courrier, au cours des vacances de Noël, que je passe seule, assez tristement je dois dire. Je décide d'ailleurs de ne plus passer Noël toute seule, autant que faire se pourra...Mes parents m'ont invité, j'ai refusé, leur assurant que j'étais chez des amis. Je n'ai envie de rien.
Le premier janvier, ce jeune Bertrand arrive chez moi je l'ai invité à déjeuner. Sa famille habite la Normandie. Il est en co-location avec un des ses copains, à l'autre bout de la ville. En Fac d'histoire, il anime aussi les ateliers "bois" pour les élèves. Il vient d'avoir dix huit ans. J'en ai vint six, je suis divorcée, j'ai un fils de cinq ans.
Sous son air sage, Bertrand cache une très forte personnalité. il est militant politique, syndical, très érudit et très obstiné, il se bat pour changer le monde, comme on peut le faire à cette époque post soixante huitarde. Il est aussi rigide.
Il me dit son admiration et me déclare sa flamme. J'ai été très marquée par l'affaire Gabrielle Russier, et même si l'âge de la majorité est ramené à dix huit ans, depuis le 5 juillet 1974, je n'ai pas envie d'affronter nos familles respectives en commençant avec lui une histoire d'amour qui va à coup sûr nous ramener mille ennuis.
Pour mémoire :
Gabrielle Russier, 1937-1969. Elle s'est suicidée à 32 ans, après avoir eu une liaison avecun de ses élèves qui en avait dix sept.
« Les [deux ans] de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi, je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul. Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait, on l’a mise en prison, elle s’est tuée. C’est simple. » Christian Rossi.
Finalement, après réflexion, je décide que Bertrand peut dormir chez moi. Chez moi et avec moi bien sûr....La nuit portant conseil...